J'aurais aimé lui demander si c'était fait exprès. Si oui, elle faisait exprès de venir se mettre à côté de moi pratiquement à chaque fois dans cette ronde survoltée. J'aurais aimé savoir si ces sourires m'étaient destinés. Si ses sourires m'étaient destinés. S'ils n'étaient que pour moi, ou pour celui qui les attraperaient en premier. Auquel cas, je les ai toujours décroché secrètement avant n'importe qui d'autre. J'aurais voulu lui demander ce qu'il se cachait derrière ces yeux rêveurs. J'aurais voulu plus que tout, savoir si elle aurait acceptée de partager ses douleurs.
C'était le Vendredi 7 Novembre, un peu avant 20h30. Le couloir aux petits pavés jaunâtres qui menait aux vestiaires était encore une fois éclairé de cette lumière blafarde, un peu mystérieuse, un peu effrayante. Le plafond lézardé de fissures, et ces 3 portes. Je n'avais jamais osé ouvrir celle du fond. La pancarte, la poussière sur la poignée, ce verrou rouillé surplombant une serrure d'un autre âge. J'étais dingue de cette porte. Sa couleur verdâtre usée, ayant vu passer les années d'un regard lointain et amusé. Ses nervures torturées et le contraste entre le sol et cette porte. J'aurais aimé prendre cette porte et la faire encadrer, comme un tableau. Au lieu de ça je me contentais de la regarder, tous les Vendredi soir, sans jamais la franchir.
Le Mercredi précédent ce jour là, pour la première fois, nous étions seuls. Je ne sais plus quelle heure il était. Le temps passait si vite avec toi. Je sais seulement qu'il était tard dans la nuit, sans plus de certitudes. Nous étions les seuls rescapés de cette soirée. Tout le monde s'était esquivé, par besoin de sommeil, par surplus d'alcool, par ennui, que sais-je encore. Étant tous couchés, nous devions partir sans faire de bruits, et claquer la porte, doucement. Je n'avais aucune envie de partir. Nous étions là, assis dans le canapé, regardant tous les deux droit devant. Je ne te connaissais presque pas. Je connaissais seulement ton prénom. Encore avait-il fallu que j'aille regarder secrètement dans les registres de l'association pour pouvoir mettre un prénom sur ton visage. Lui par contre, je le connaissais par c½ur. Chaque fois que je le pouvais, j'observais ton visage. Détaillant chacun de ses traits. Le léger creux que formaient tes fossettes quand tu souriais, la forme de ton nez et la couleur de tes yeux, la façon dont tes lèvres se mouvaient lorsque tu parlais, ce sourire. Tu étais si belle. Je te connaissais par c½ur sans rien savoir de toi.
Ce Mercredi là, au c½ur de cet appartement blottit sous les toits, alors qu'aucun de nous ne parlait et que je m'apprêtais à partir, de peur peut-être d'être maladroit ou de ne pas savoir quoi te dire, tu t'es levée. Avec la grâce habituelle qui te caractérisait. J'en ai fait autant, pensant que tu t'en allais toi aussi. J'ai pris mon blouson accroché derrière la porte, et t'ai tendu le tien. Mais tu n'étais pas derrière moi. Tu t'étais levé seulement pour mettre de la musique. Je te regardais, de dos, devant l'ordinateur, cherchant ton bonheur parmi tous ces morceaux. L'odeur qui se dégageait de ton manteau me faisait totalement décoller. Je n'avais jamais senti ce parfum. Je me demandais alors comment avions-nous atterri ici tous les deux. Était-ce vraiment le hasard qui avait voulu que nous connaissions tous les deux Sophie ? Je ne sais plus. Nous n'avions pas échangé un mot de la soirée. J'avais peur de toi. Vraiment. Cela faisait des mois que je t'observais en silence, n'imaginant pas une seule seconde que tu avais pu le remarquer. Me remarquer.
J'étais là, devant la porte, comme un idiot avec nos manteaux dans les mains, à te regarder. Tu t'es retournée, as croisé mon regard, descendant jusqu'aux manteaux, remontant avec un sourire et plongeant tes yeux dans les miens, comme pour me dire de tout remettre sur le porte-manteau ou par terre, qu'importe, pour te rejoindre. C'est à ce moment là que la musique a commencé : Cat Power - Werewolf. Cette voix. Tu t'es avancée au milieu de la pièce, et t'es allongée sur le parquet, regardant haut dans le ciel, à travers le grand velux. Après un moment d'hésitation, j'ai laissé tomber tout ce qui encombrait mes mains, et suis venu m'allonger à tes côtés. Le jour commençait à se lever je crois, et je me suis endormi comme cela, simplement. Les yeux pleins de larmes, à côté de toi, dans cet appartement, la musique me berçant, tout comme ta présence.
Nous n'avions finalement pas échangé un seul mot, même lorsque nous étions seuls. Nous ne nous étions pas même effleurés. Mais tu me fis le plus cadeau que je puisse imaginer.
Ce Vendredi 7, dans ce couloir du premier étage après avoir contemplé encore une fois la porte du fond, j'ai poussé celle de gauche. A l'endroit précis où je déposais toujours mes affaires, se trouvait une lettre. Cette lettre est comme ton visage : je la connais par c½ur. Chacun de ses traits, chacun de ses sursauts, chacune de ses hésitations. Aussi belle. Je pourrais la réécrire mot pour mot. Ce fut la première de tes lettres. La première du plus beau des échanges épistolaire. Un échange qui dura cinq mois. Cinq mois durant lesquels je ne fus jamais aussi heureux.
Tous les Vendredi, en poussant cette porte je voyais une nouvelle lettre posée au même endroit, toujours avec le même soin, écrite de cette calligraphie que j'aimais tant. Durant ces cinq mois, nous n'échangeâmes pas un mot de plus qu'auparavant. De peur de briser la beauté du lien qui s'était tissé entre nous sûrement. Il fallait attendre la bonne occasion, le moment opportun. Je savais qu'il viendrait un beau jour, alors j'attendais patiemment.
Le 10 Avril précisément, cinq mois et 3 jours après ton premier mot, la lettre qui m'attendait fut bien différente des autres. Je l'ai senti dès que je l'ai vu, je ne sais pourquoi. Je l'ai ouverte avec le même enthousiasme qui m'habitait chaque Vendredi, pressé de te lire, de te connaitre encore un peu mieux, de te répondre. Mais un sentiment étrange ne voulait pas s'effacer. Je ne sais pas quel sentiment était-ce. Je n'ai jamais changé. Mais cela me rendait anxieux. Fébrile. Je sortis le papier de l'enveloppe, le déplia et y lut les seuls mots marqués, au centre de la feuille. "Je t'aime".
Ce soir là resta comme le plus beau jamais gravé au fond de mon c½ur. Je me souviendrais éternellement des larmes et de la passion qui se dégagèrent en une petite seconde de cette lettre, de ces deux simples mots. Je n'oublierai jamais, je veux que tu le saches.
Alors que j'allais commencer à te répondre, tu es apparu dans l'encadrement de la porte. J'étais assis, ta lettre dans les mains, tes mots imprégnés en mon être et je te regardais. Tu m'as souris. De ce petit sourire, timide et très retenu que j'aimais par dessus tout. Je ne pouvais pas parler, ma gorge était nouée, mon c½ur faisait des bons, mes muscles ne répondaient plus. Alors, tu m'as regardé sans ciller, de ce regard éternel, et tu m'as dit "Je veux que tu saches que quand je ne serais plus là, je t'aimerai encore". Puis tu es partie.
Le Vendredi suivant, il n'y avait pas de lettre. Il n'y eut plus jamais de lettre. Chaque Vendredi, je suis allé m'asseoir sur ce banc espérant relire tes mots. C'était ma folle utopie.
Du haut du pont, j'ai mis en marche mon baladeur pour m'imprégner des paroles de cette même chanson : Cat Power - Werewolf. Et j'ai lancé cette lettre dans le vent, espérant que tu l'attrapes au vol. Je me souviens de tes derniers mots, et j'espère que oui, tu m'aimes encore.
C'était le Vendredi 7 Novembre, un peu avant 20h30. Le couloir aux petits pavés jaunâtres qui menait aux vestiaires était encore une fois éclairé de cette lumière blafarde, un peu mystérieuse, un peu effrayante. Le plafond lézardé de fissures, et ces 3 portes. Je n'avais jamais osé ouvrir celle du fond. La pancarte, la poussière sur la poignée, ce verrou rouillé surplombant une serrure d'un autre âge. J'étais dingue de cette porte. Sa couleur verdâtre usée, ayant vu passer les années d'un regard lointain et amusé. Ses nervures torturées et le contraste entre le sol et cette porte. J'aurais aimé prendre cette porte et la faire encadrer, comme un tableau. Au lieu de ça je me contentais de la regarder, tous les Vendredi soir, sans jamais la franchir.
Le Mercredi précédent ce jour là, pour la première fois, nous étions seuls. Je ne sais plus quelle heure il était. Le temps passait si vite avec toi. Je sais seulement qu'il était tard dans la nuit, sans plus de certitudes. Nous étions les seuls rescapés de cette soirée. Tout le monde s'était esquivé, par besoin de sommeil, par surplus d'alcool, par ennui, que sais-je encore. Étant tous couchés, nous devions partir sans faire de bruits, et claquer la porte, doucement. Je n'avais aucune envie de partir. Nous étions là, assis dans le canapé, regardant tous les deux droit devant. Je ne te connaissais presque pas. Je connaissais seulement ton prénom. Encore avait-il fallu que j'aille regarder secrètement dans les registres de l'association pour pouvoir mettre un prénom sur ton visage. Lui par contre, je le connaissais par c½ur. Chaque fois que je le pouvais, j'observais ton visage. Détaillant chacun de ses traits. Le léger creux que formaient tes fossettes quand tu souriais, la forme de ton nez et la couleur de tes yeux, la façon dont tes lèvres se mouvaient lorsque tu parlais, ce sourire. Tu étais si belle. Je te connaissais par c½ur sans rien savoir de toi.
Ce Mercredi là, au c½ur de cet appartement blottit sous les toits, alors qu'aucun de nous ne parlait et que je m'apprêtais à partir, de peur peut-être d'être maladroit ou de ne pas savoir quoi te dire, tu t'es levée. Avec la grâce habituelle qui te caractérisait. J'en ai fait autant, pensant que tu t'en allais toi aussi. J'ai pris mon blouson accroché derrière la porte, et t'ai tendu le tien. Mais tu n'étais pas derrière moi. Tu t'étais levé seulement pour mettre de la musique. Je te regardais, de dos, devant l'ordinateur, cherchant ton bonheur parmi tous ces morceaux. L'odeur qui se dégageait de ton manteau me faisait totalement décoller. Je n'avais jamais senti ce parfum. Je me demandais alors comment avions-nous atterri ici tous les deux. Était-ce vraiment le hasard qui avait voulu que nous connaissions tous les deux Sophie ? Je ne sais plus. Nous n'avions pas échangé un mot de la soirée. J'avais peur de toi. Vraiment. Cela faisait des mois que je t'observais en silence, n'imaginant pas une seule seconde que tu avais pu le remarquer. Me remarquer.
J'étais là, devant la porte, comme un idiot avec nos manteaux dans les mains, à te regarder. Tu t'es retournée, as croisé mon regard, descendant jusqu'aux manteaux, remontant avec un sourire et plongeant tes yeux dans les miens, comme pour me dire de tout remettre sur le porte-manteau ou par terre, qu'importe, pour te rejoindre. C'est à ce moment là que la musique a commencé : Cat Power - Werewolf. Cette voix. Tu t'es avancée au milieu de la pièce, et t'es allongée sur le parquet, regardant haut dans le ciel, à travers le grand velux. Après un moment d'hésitation, j'ai laissé tomber tout ce qui encombrait mes mains, et suis venu m'allonger à tes côtés. Le jour commençait à se lever je crois, et je me suis endormi comme cela, simplement. Les yeux pleins de larmes, à côté de toi, dans cet appartement, la musique me berçant, tout comme ta présence.
Nous n'avions finalement pas échangé un seul mot, même lorsque nous étions seuls. Nous ne nous étions pas même effleurés. Mais tu me fis le plus cadeau que je puisse imaginer.
Ce Vendredi 7, dans ce couloir du premier étage après avoir contemplé encore une fois la porte du fond, j'ai poussé celle de gauche. A l'endroit précis où je déposais toujours mes affaires, se trouvait une lettre. Cette lettre est comme ton visage : je la connais par c½ur. Chacun de ses traits, chacun de ses sursauts, chacune de ses hésitations. Aussi belle. Je pourrais la réécrire mot pour mot. Ce fut la première de tes lettres. La première du plus beau des échanges épistolaire. Un échange qui dura cinq mois. Cinq mois durant lesquels je ne fus jamais aussi heureux.
Tous les Vendredi, en poussant cette porte je voyais une nouvelle lettre posée au même endroit, toujours avec le même soin, écrite de cette calligraphie que j'aimais tant. Durant ces cinq mois, nous n'échangeâmes pas un mot de plus qu'auparavant. De peur de briser la beauté du lien qui s'était tissé entre nous sûrement. Il fallait attendre la bonne occasion, le moment opportun. Je savais qu'il viendrait un beau jour, alors j'attendais patiemment.
Le 10 Avril précisément, cinq mois et 3 jours après ton premier mot, la lettre qui m'attendait fut bien différente des autres. Je l'ai senti dès que je l'ai vu, je ne sais pourquoi. Je l'ai ouverte avec le même enthousiasme qui m'habitait chaque Vendredi, pressé de te lire, de te connaitre encore un peu mieux, de te répondre. Mais un sentiment étrange ne voulait pas s'effacer. Je ne sais pas quel sentiment était-ce. Je n'ai jamais changé. Mais cela me rendait anxieux. Fébrile. Je sortis le papier de l'enveloppe, le déplia et y lut les seuls mots marqués, au centre de la feuille. "Je t'aime".
Ce soir là resta comme le plus beau jamais gravé au fond de mon c½ur. Je me souviendrais éternellement des larmes et de la passion qui se dégagèrent en une petite seconde de cette lettre, de ces deux simples mots. Je n'oublierai jamais, je veux que tu le saches.
Alors que j'allais commencer à te répondre, tu es apparu dans l'encadrement de la porte. J'étais assis, ta lettre dans les mains, tes mots imprégnés en mon être et je te regardais. Tu m'as souris. De ce petit sourire, timide et très retenu que j'aimais par dessus tout. Je ne pouvais pas parler, ma gorge était nouée, mon c½ur faisait des bons, mes muscles ne répondaient plus. Alors, tu m'as regardé sans ciller, de ce regard éternel, et tu m'as dit "Je veux que tu saches que quand je ne serais plus là, je t'aimerai encore". Puis tu es partie.
Le Vendredi suivant, il n'y avait pas de lettre. Il n'y eut plus jamais de lettre. Chaque Vendredi, je suis allé m'asseoir sur ce banc espérant relire tes mots. C'était ma folle utopie.
Du haut du pont, j'ai mis en marche mon baladeur pour m'imprégner des paroles de cette même chanson : Cat Power - Werewolf. Et j'ai lancé cette lettre dans le vent, espérant que tu l'attrapes au vol. Je me souviens de tes derniers mots, et j'espère que oui, tu m'aimes encore.




