Hope & Sorrow.

Hope & Sorrow.
J'aurais aimé lui demander si c'était fait exprès. Si oui, elle faisait exprès de venir se mettre à côté de moi pratiquement à chaque fois dans cette ronde survoltée. J'aurais aimé savoir si ces sourires m'étaient destinés. Si ses sourires m'étaient destinés. S'ils n'étaient que pour moi, ou pour celui qui les attraperaient en premier. Auquel cas, je les ai toujours décroché secrètement avant n'importe qui d'autre. J'aurais voulu lui demander ce qu'il se cachait derrière ces yeux rêveurs. J'aurais voulu plus que tout, savoir si elle aurait acceptée de partager ses douleurs.

C'était le Vendredi 7 Novembre, un peu avant 20h30. Le couloir aux petits pavés jaunâtres qui menait aux vestiaires était encore une fois éclairé de cette lumière blafarde, un peu mystérieuse, un peu effrayante. Le plafond lézardé de fissures, et ces 3 portes. Je n'avais jamais osé ouvrir celle du fond. La pancarte, la poussière sur la poignée, ce verrou rouillé surplombant une serrure d'un autre âge. J'étais dingue de cette porte. Sa couleur verdâtre usée, ayant vu passer les années d'un regard lointain et amusé. Ses nervures torturées et le contraste entre le sol et cette porte. J'aurais aimé prendre cette porte et la faire encadrer, comme un tableau. Au lieu de ça je me contentais de la regarder, tous les Vendredi soir, sans jamais la franchir.

Le Mercredi précédent ce jour là, pour la première fois, nous étions seuls. Je ne sais plus quelle heure il était. Le temps passait si vite avec toi. Je sais seulement qu'il était tard dans la nuit, sans plus de certitudes. Nous étions les seuls rescapés de cette soirée. Tout le monde s'était esquivé, par besoin de sommeil, par surplus d'alcool, par ennui, que sais-je encore. Étant tous couchés, nous devions partir sans faire de bruits, et claquer la porte, doucement. Je n'avais aucune envie de partir. Nous étions là, assis dans le canapé, regardant tous les deux droit devant. Je ne te connaissais presque pas. Je connaissais seulement ton prénom. Encore avait-il fallu que j'aille regarder secrètement dans les registres de l'association pour pouvoir mettre un prénom sur ton visage. Lui par contre, je le connaissais par c½ur. Chaque fois que je le pouvais, j'observais ton visage. Détaillant chacun de ses traits. Le léger creux que formaient tes fossettes quand tu souriais, la forme de ton nez et la couleur de tes yeux, la façon dont tes lèvres se mouvaient lorsque tu parlais, ce sourire. Tu étais si belle. Je te connaissais par c½ur sans rien savoir de toi.
Ce Mercredi là, au c½ur de cet appartement blottit sous les toits, alors qu'aucun de nous ne parlait et que je m'apprêtais à partir, de peur peut-être d'être maladroit ou de ne pas savoir quoi te dire, tu t'es levée. Avec la grâce habituelle qui te caractérisait. J'en ai fait autant, pensant que tu t'en allais toi aussi. J'ai pris mon blouson accroché derrière la porte, et t'ai tendu le tien. Mais tu n'étais pas derrière moi. Tu t'étais levé seulement pour mettre de la musique. Je te regardais, de dos, devant l'ordinateur, cherchant ton bonheur parmi tous ces morceaux. L'odeur qui se dégageait de ton manteau me faisait totalement décoller. Je n'avais jamais senti ce parfum. Je me demandais alors comment avions-nous atterri ici tous les deux. Était-ce vraiment le hasard qui avait voulu que nous connaissions tous les deux Sophie ? Je ne sais plus. Nous n'avions pas échangé un mot de la soirée. J'avais peur de toi. Vraiment. Cela faisait des mois que je t'observais en silence, n'imaginant pas une seule seconde que tu avais pu le remarquer. Me remarquer.
J'étais là, devant la porte, comme un idiot avec nos manteaux dans les mains, à te regarder. Tu t'es retournée, as croisé mon regard, descendant jusqu'aux manteaux, remontant avec un sourire et plongeant tes yeux dans les miens, comme pour me dire de tout remettre sur le porte-manteau ou par terre, qu'importe, pour te rejoindre. C'est à ce moment là que la musique a commencé : Cat Power - Werewolf. Cette voix. Tu t'es avancée au milieu de la pièce, et t'es allongée sur le parquet, regardant haut dans le ciel, à travers le grand velux. Après un moment d'hésitation, j'ai laissé tomber tout ce qui encombrait mes mains, et suis venu m'allonger à tes côtés. Le jour commençait à se lever je crois, et je me suis endormi comme cela, simplement. Les yeux pleins de larmes, à côté de toi, dans cet appartement, la musique me berçant, tout comme ta présence.
Nous n'avions finalement pas échangé un seul mot, même lorsque nous étions seuls. Nous ne nous étions pas même effleurés. Mais tu me fis le plus cadeau que je puisse imaginer.

Ce Vendredi 7, dans ce couloir du premier étage après avoir contemplé encore une fois la porte du fond, j'ai poussé celle de gauche. A l'endroit précis où je déposais toujours mes affaires, se trouvait une lettre. Cette lettre est comme ton visage : je la connais par c½ur. Chacun de ses traits, chacun de ses sursauts, chacune de ses hésitations. Aussi belle. Je pourrais la réécrire mot pour mot. Ce fut la première de tes lettres. La première du plus beau des échanges épistolaire. Un échange qui dura cinq mois. Cinq mois durant lesquels je ne fus jamais aussi heureux.
Tous les Vendredi, en poussant cette porte je voyais une nouvelle lettre posée au même endroit, toujours avec le même soin, écrite de cette calligraphie que j'aimais tant. Durant ces cinq mois, nous n'échangeâmes pas un mot de plus qu'auparavant. De peur de briser la beauté du lien qui s'était tissé entre nous sûrement. Il fallait attendre la bonne occasion, le moment opportun. Je savais qu'il viendrait un beau jour, alors j'attendais patiemment.

Le 10 Avril précisément, cinq mois et 3 jours après ton premier mot, la lettre qui m'attendait fut bien différente des autres. Je l'ai senti dès que je l'ai vu, je ne sais pourquoi. Je l'ai ouverte avec le même enthousiasme qui m'habitait chaque Vendredi, pressé de te lire, de te connaitre encore un peu mieux, de te répondre. Mais un sentiment étrange ne voulait pas s'effacer. Je ne sais pas quel sentiment était-ce. Je n'ai jamais changé. Mais cela me rendait anxieux. Fébrile. Je sortis le papier de l'enveloppe, le déplia et y lut les seuls mots marqués, au centre de la feuille. "Je t'aime".
Ce soir là resta comme le plus beau jamais gravé au fond de mon c½ur. Je me souviendrais éternellement des larmes et de la passion qui se dégagèrent en une petite seconde de cette lettre, de ces deux simples mots. Je n'oublierai jamais, je veux que tu le saches.
Alors que j'allais commencer à te répondre, tu es apparu dans l'encadrement de la porte. J'étais assis, ta lettre dans les mains, tes mots imprégnés en mon être et je te regardais. Tu m'as souris. De ce petit sourire, timide et très retenu que j'aimais par dessus tout. Je ne pouvais pas parler, ma gorge était nouée, mon c½ur faisait des bons, mes muscles ne répondaient plus. Alors, tu m'as regardé sans ciller, de ce regard éternel, et tu m'as dit "Je veux que tu saches que quand je ne serais plus là, je t'aimerai encore". Puis tu es partie.

Le Vendredi suivant, il n'y avait pas de lettre. Il n'y eut plus jamais de lettre. Chaque Vendredi, je suis allé m'asseoir sur ce banc espérant relire tes mots. C'était ma folle utopie.

Du haut du pont, j'ai mis en marche mon baladeur pour m'imprégner des paroles de cette même chanson : Cat Power - Werewolf. Et j'ai lancé cette lettre dans le vent, espérant que tu l'attrapes au vol. Je me souviens de tes derniers mots, et j'espère que oui, tu m'aimes encore.

# Posté le dimanche 17 mai 2009 12:47

Peace, love, and understanding (but more likely the lack thereof of those things) ?

Peace, love, and understanding (but more likely the lack thereof of those things) ?
« Ça me manque. Oui c'est vrai, tout ça me manque. Souvent, je me dis que oui, je devrais le faire. Je devrais me lancer et écrire quelque chose de vraiment très personnel. C'est vrai, quand mes yeux se perdent entre les lignes et s'assimilent au vécu d'une autre personne, je me dis pourquoi pas. Mais non, tout sonne creux. Parfois, je crois que je sonne creux. C'est une chose de s'amuser des mots, c'en est une autre que de faire transparaitre l'émotion à travers ces derniers. Je ne sais pas, j'avais envie de commencer par le début, logiquement, mais c'est ennuyeux, vraiment. J'avais envie de raconter les sourires et le soleil, mais je n'y arrive pas en ce moment. C'est drôle cette propension à voir la beauté. Dans des mots. Dans des photos, des pellicules, des films. Dans des rêves, des sourires et des rires. Dans des soupirs, dans le soleil et dans le sable qui s'étend à perte de vue. J'avais peut-être tout faux.

Tu me manques. Oui, c'est vrai, tu me manques. Quatre mois pour arriver à transposer ma pensée sur un bout de papier, alors pourrais-je un jour peut-être te le dire en balbutiant devant tes yeux ?
Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Je ne sais même pas si tu as envie de lire des mots qui doivent à tes yeux avoir la senteur du passé. En fait si, je sais pourquoi. Je pense que je fais cela, car pour moi ces mots respirent le présent. Le problème étant que jamais je ne t'enverrais cette lettre car je n'ai plus confiance en toi. Oh oui, je vais calligraphier avec soin ton nom qui me fait soupirer chaque fois que je l'écris ou le vois écrit quelque part. Je vais aller acheter des timbres au bureau de tabac du coin, puis les coller sur cette enveloppe que j'ai choisi spécialement pour toi. Et cette enveloppe finira au fond de mon tiroir à secret, dans la noirceur de l'oubli. Si je ne peux me résoudre à te l'envoyer, au moins je l'écris tu vois.
Je ne sais pas ce qui a changé. Étrangement, c'est lorsqu'on se pose ce genre de question qu'une réponse inattendue fait surface. La nuit dernière, quelqu'un m'a dit qu'une partie de moi-même s'était envolée avec toi. C'est peut-être ça, tout simplement. J'ai nié en bloc bien entendu, mais je crois être partagé entre deux sentiments. Suis-je devenu réellement insensible à tout ça, ou bien n'est-ce tout simplement pas le refus d'avouer la vérité et d'assumer le temps qu'il me reste à parcourir. Oui, depuis quelques temps je parcours le temps, je ne le vis plus tellement. Oh, ne crois pas que cela n'a aucun avantage. C'est vrai, les sourires et le soleil se font plus rares. Mais j'ai désormais l'occasion d'appuyer sur pause. Je fais l'arrêt sur une image, et là, oui là, je peux m'imprégner de la beauté qui me fait défaut depuis que tu m'as abandonné.
Je ne sais trop quoi dire. J'ai décidé d'apprendre le piano. Pour toi quelque part, ça je dois bien l'avouer. Mais si je l'avoue, c'est uniquement parce que lorsque j'ai joué mon premier morceau, quelque chose d'étrange s'est passé. Au fur et à mesure que mes doigts parcouraient les touches, je me suis rendu compte que je m'égarais et que ce n'était plus tout à fait moi qui les contrôlaient. Lorsque j'en ai eu fini, des fines traînées salées sillonnaient mes joues. Mon professeur n'a rien dit. Mais en partant, il m'a regardé droit dans les yeux, et m'a avoué que lui aussi, à ses débuts, il jouait comme moi. Il m'a dit que son piano était l'exutoire de ses pensées, et que s'il jouait, ce n'était pas réellement pour lui. J'ai vu ses pupilles ciller quand il se forçait à contenir ses larmes, et quand il m'a serré la main pour partir, j'ai su que c'était pour toi que je faisais ça. Je n'en ressens aucune fierté tu sais. Peut-être même un peu d'amertume au fond. Mais c'est là que se trouve la vérité.
J'ai commencé la photographie aussi un petit peu. En fait il y a quelques temps je suis descendu à la cave. Lumière blafarde, bouteilles de vin mordorées, cartons empilés et poussiéreux au possible, cette fameuse cave qui t'effrayait. J'y ai trouvé des trésors. J'ai trouvé des appareils photo extraordinaires. Tu sais, ces espèces de petites boites qui s'ouvraient avec un clapet. Il fallait ensuite faire tourner la mollette pour déplier l'objectif, qui pointait le bout de son nez derrière cette sorte d'accordéon. J'en ai trouvé un autre où il fallait regarder perpendiculairement à l'objectif pour voir la photo que l'on voulait prendre. J'ai trouvé de vieilles diapos où figurent mes s½urs et moi même enfants. A la plage, au ski. En voyage, toujours. J'aime vraiment beaucoup le sourire qui m'habitait à cette époque. Finalement, après avoir trouvé l'appareil pour visionner toutes ces diapos, j'ai déballé le dernier carton qui m'était inconnu. Le plus poussiéreux d'entre tous. J'y ai trouvé des photos encore. Des photos jaunies par le temps, dont les couleurs s'étaient savamment perdues au cours des années. Mon père à 5 ans. Mon père à 12 ans. Mon père à 20 ans. C'était mon sosie. Vraiment. Ou plutôt l'inverse c'est vrai. J'ai eu cette sensation étrange. Cette sensation de refuser cela. De ne pas vouloir être lui, et en même temps de me sentir en lui, notamment de part le fil de sa vie que je venais de retracer au fond de cette cave. J'ai passé toute la nuit dans cette cave, me laissant bercer par un vieux 45 tours d'un pianiste d'un autre monde, trouvé la aussi au hasard de mes égarements, en m'émerveillant de mes trouvailles.
Je vais avoir une petite s½ur tu sais. Encore une s½ur, oui. Sauf que celle-ci sera une miniature. J'ai peur du rôle qu'elle me donnera. Je dois l'avouer, j'ai très mal accepté la nouvelle au début. Peut-être n'était-elle pas très bien amenée. Avec du recul, je n'arrive toujours pas à savoir si je dois me réjouir ou non. Tout ce que je sais, c'est que l'amertume m'habitera une fois de plus quand je devrais partir.
Oui, je vais partir. Je ne sais pas encore trop où. Barcelone, peut-être. Tu sais comme j'ai l'Espagne ancrée dans le c½ur. J'ai trouvé une école qui t'aurait plu là-bas. Je sais, on s'en fout, l'important c'est qu'elle me corresponde et m'apporte ce dont j'ai besoin, mais bon. Si seulement tu ne m'avais pas abandonné, nous aurions peut-être pu y aller ensemble. Au moins visiter. Voyager. Oui, le voyage, toujours, je ne changerai pas. Je t'en veux tu sais. Je trouve toujours aussi stupide ton idée d'être partie. De ne pas avoir essayé de m'en parler avant. Enfin, il est trop tard maintenant.
Finalement, même si je sais pertinemment que tu ne liras jamais cette lettre quand bien même je trouverai la force de te l'envoyer, peut-être aurais-je le courage de glisser cette enveloppe qui t'est destinée dans un bouquet de fleur et de le déposer sur ta tombe dans un dernier sourire...

Voilà. Je m'y suis essayé au moins. Sincèrement, je ne sais vraiment pas ce que vaut le résultat. Ça n'a d'ailleurs pas grande importance à mes yeux. J'espère simplement que le mélange des mots et de cet air de piano dont je n'arrive plus à me défaire permettront un voyage de plus, inoubliable celui-la. C'est une des très rares fois ou je crois qu'il y a une part explicite de moi dans les mots qui noircissent mes pages.
En écrivant au plus profond de ma mémoire, je me suis dit, Eloi, cours, franchement. Tends la main, laisse pas le train t'oublier. T'as pas beaucoup de voies étalées à tes pieds, ou alors ça dure pas. Des fois les étoiles semblent tomber sur le sol, la pluie inonde les c½urs et les hommes se sentent seuls. Cours, franchement. Oublie le froid, regarde les nuages, et apprécie. Ma vie, mes rêves, ma vision de l'amour et de la vie, ainsi qu'un plaidoyer universel en faveur de l'amour brut. Tout ça, je l'ai pris, puis je l'ai offert. Si bien que finalement, assis dans mon siège alors que le générique défilait toujours plus vite, les larmes se sont mêlées à l'immense sourire qui me parcourait. Il y a trop de choses à dire et raconter. Tout s'entasse au fond de ma mémoire. Je n'oublie jamais rien. Mais les choses s'emmêlent désormais. Pourtant au début tout était clair. Mais je ne prends jamais le temps d'ordonner les choses, et finalement, les méandres sont indéchiffrables. Oui, c'est vrai, dans le fond je ne suis pas heureux. Je ne suis pas névrosé, dépressif ou quoi que ce soit, loin de là. Je souris beaucoup, parle beaucoup, ris beaucoup, dis beaucoup de conneries, je vois la beauté partout, parfois à mes dépens, j'aime la vie et toutes les choses simples qui l'englobe. Seulement voilà, au fond, derrière tout cela, il y a ce vide. Et vous qui vous demandez innocemment, le soir en rentrant dans le froid de l'hiver ou au petit matin avant de remettre le museau dehors, toujours un peu dubitatifs, comment on va bien pouvoir faire pour avancer encore un peu et avec qui on partagera la route. Comment pouvez-vous faire ? Moi, cette question me hante.

Quel dommage qu'il faille se rendre compte qu'il ne nous reste que peu de temps à vivre pour prendre conscience de la beauté de la vie ».

# Posté le lundi 15 décembre 2008 19:44

Modifié le vendredi 23 janvier 2009 20:21

Needle in the hay.

Needle in the hay.
Le regard plongé dans la glace, les yeux sombres et les cernes jaillissantes, tu ne supportes plus la pâleur de ce visage. Tu regardes ces lames de rasoirs posées là, innocemment, sur ce petit rebord de marbre blanc. Et secrètement, tout bas, tu te dis que demain, tu mettras fin à tes jours. Tu vois déjà la scène. Le sang se déversera et se répandra sur ce lavabo blanc, ce carrelage blanc, cette peau trop blanche. Tes yeux profonds retrouveront l'espace d'un instant leur couleur océan d'antan, un sourire parcourra ton visage, puis tout deviendra incohérent. Ton corps tombera lentement, simplement à cause de cette stupide loi de pesanteur, sinon tu sais pertinemment qu'il se serait envolé. Ton visage fin heurtera avec violence le carrelage, mais quelle importance, tu auras déjà perdu connaissance. Oui, tu imagines parfaitement ce qu'il adviendra de ton âme. Et là, tu penses simplement que cette musique qui berce tes oreilles te fera tenir jusqu'à demain soir, le temps de retourner là où tout a commencé.
Effectivement, le lendemain tu te lèveras, t'habilleras de cette fine robe blanche qui laisse paraitre tes fines épaules et accentue un peu plus cet air de fantôme que tu veux te donner. Quelques heures plus tard tu seras de passage sur ce campus où tu penses avoir perdu quelques années de ta vie. Mais ce que tu ne sais pas, c'est que c'est sur ce campus que tu me verras. C'est sur ce campus que tu reverras le garçon au regard aussi profond que la faille habitant ton c½ur. Le garçon qui t'intriguait chaque fois que tu le voyais devant cet immense portail bleu où tu usais tes jeunes années. Ce même garçon qui chaque fois te faisait monter le rouge aux joues avec ce sourire étrange, venu d'ailleurs. Cet inconnu, dont tu ne savais rien, qui chaque fois illuminait tes yeux et leur redonnait l'éclat qu'ils n'auraient jamais dû perdre. Dans ton costume fantôme, tu pensais sûrement qu'il ne te reconnaitrait pas, mais bien au contraire, la blancheur immaculée de ta robe et de ta peau ne faisait que ressortir un peu plus la douce rougeur qui s'emparait de tes joues. Je contemplais ta silhouette fine et élancée, m'attardant sur tes frêles épaules, ta chevelure les dévalant en cascade, ta poitrine je l'avoue, et surtout ton visage. Je sentais bien que les éclats de joie n'y était maintenant que trop rares, mais je ne pouvais m'empêcher de te trouver somptueuse. Tu n'étais pas dans la norme. Tu avais raison d'une quelconque classification. Aux yeux de tous, tu voulais passer inaperçue. Avec succès, c'est vrai. Mais à mes yeux, après tout ce temps, tu étais toujours l'océan, la fossette égarée, le regard émeraude et la passion. Et une fois de plus, je t'ai souris.
Quand j'ai appelé doucement ton prénom, tu as frémis. Ce prénom que tu haïssais tant sonnait comme une caresse au mouvement de mes lèvres. Pour la première fois depuis des mois, tu as souris. Et ce sourire était pour moi. Alors je l'ai attrapé au vol, avec la ferme intention de ne jamais le lâcher. De fil en aiguille, j'ai réussi à te convaincre de m'accompagner au bureau des appariteurs, en souvenir de ces regards innocents échangés par le passé. Ce n'était certes pas très romantique, mais tu m'avais toujours déstabilisé, et je ne savais que faire pour te garder un peu plus près de moi. Ensuite ? Et bien ensuite, j'ai finalement osé, après plusieurs années, te demander de m'accompagner s'asseoir autour de cette petite table ensoleillée. Tu as accepté sans rechigner, et à la chaleur des rayons de soleil s'épanouissant sur ton visage, j'ai vu que tu aimais reprendre le goût des choses simples, et surtout les partager. Nous avons parlé, longuement. Les ombres s'étalaient déjà quand tu m'as annoncé que tu devais partir, et comme je n'en avais absolument pas envie, je t'ai demandé ce que tu avais prévu pour le lendemain. Tu m'as regardé, et, constatant que chaque seconde mon regard gagnait un peu plus sur toi, tu as voulu me repousser, pensant me rendre service. Le bien-être, cette sensation tellement étrange, perdue depuis longtemps, ne devait pas se répandre en toi. Tu ne pouvais céder, pas aujourd'hui. Alors tu m'as répondu que demain, tu avais prévu de mourir. Je t'ai regardé les yeux brillants emplis d'un mélange de peur et d'espoir, et de ce sourire si particulier t'ai simplement répondu que cela me laissait donc 24 heures pour te redonner vie.
En 24 heures j'ai eu le temps de t'emmener loin de tous ces souvenirs malsains, de toutes ces pensées qui, à chaque instant, te détachaient un peu plus de la vie. J'ai vu dans ton regard sans fin que tu étais heureuse de retrouver les senteurs du monde environnant, le parfum des fleurs et la chaleur du soleil sur ta peau. Je me souviens que nous avions "emprunté" cette antiquité qui servait de moto au cours de je ne sais quel siècle. Au début, tu te tenais à moi avec retenue. Je sentais presque un peu de peur. Puis quand nous traversions les champs les cheveux au vent, emplissant l'air de rires, je sentais tes bras se resserrer un peu plus autour de ma taille. Les fleurs me caressait les jambes, et mon c½ur martelait ma poitrine quand je sentais le parfum de ta peau se mélanger au mien lorsque tu posais ton menton au creux de mon épaule. Je sentais que le mince fil de la vie s'épaississait et tes cris enjoués me donnaient un sourire qui partait d'une oreille pour aller à l'autre. Les mèches de cheveux couleur soleil virevoltaient en tout sens, et toi, tu vivais enfin. Je sentais les chatouilles de bonheur à l'intérieur de mon estomac, signe que j'étais heureux de te revoir, belle et vivante, comme les années où, secrètement, je rêvais de toi chaque nuit. La scène était pittoresque. Une vieille moto abandonnée dans un coin, et un peu plus loin, étendus dans l'herbe verte, nos deux corps étendus l'un contre l'autre. Nos mains se rapprochèrent d'elles mêmes l'une vers l'autre, et inconsciemment, mes doigts s'égaraient et traçaient d'imperceptibles lignes de l'intérieur de ton poignet au dos de ta main gauche. Je m'amusais de tes lèvres, leur chaleur contrastant avec la fraicheur de ta peau. Nous étions intemporels, et alors, tu m'as regardé, et m'a simplement avoué l'inespéré : "tu m'as redonné la vie".
Malheureusement, tes rires et les mèches de cheveux blonds déchainés eurent raison de ma lucidité sur le retour, et je ne vis pas les incertitudes du chemin sur lequel nous jouions de nos vies innocentes. Le choc me fit lâcher le guidon, la moto changeant brusquement de direction, le pneu éclaté. L'herbe et la mousse printanière te sauvèrent la vie. Mais ma tête ne put rien contre cette pierre. Le sang coulait à flot, mes yeux se révulsaient, et toi tu étais inconsciente. En te réveillant le lendemain, encore une fois dans cette blancheur immaculée, cette fois synonyme d'hôpital, tu ne pus que constater que ce monde n'était pas le tien. J'avais essayé de te redonner l'espoir et la vie. J'y avais laissé la mienne. Alors, te rappelant les quelques heures intemporelles et simplement heureuses passées à mes côtés, tu as décidé de me rejoindre et de joindre le rouge au blanc de cette chambre.

# Posté le lundi 29 septembre 2008 18:00

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 18:58

Quitte à t'aimer.

Laisse nous le temps de vivre. De rire, de pleurer, de sourire. Je n'ai plus honte. J'assume tout. Tout ce que j'ai fait, tout ce que j'ai dit. Et j'ai décidé de le crier. C'était pour hier soir. Tout commençait bien. Mes yeux brillaient dans le noir. Les constellations ne m'effrayaient plus. La fumée brouillait les sourires, mais quelque part, je savais qu'il y en avait un plus important que tous les autres. J'ai bu, c'est vrai. J'ai beaucoup bu. Je suis allé prendre l'air. Je souriais et m'amusait à marcher en regardant le ciel, juste pour voir si quelque chose pouvait m'arriver. Tu as crié, puis éclaté de rire. Je t'ai suivi. J'ai couru. J'ai couru de tout mon souffle, comme pour te montrer que ce souffle t'appartenait, que tu pouvais en faire ce qu'il te plaisait. Ma tête tournait, mon corps ne m'écoutait plus, mais quelle importance, car j'étais prêt moi aussi à crier. A tout te crier. Mais mon c½ur en avait décidé autrement. Le lendemain matin, en me réveillant la joue collé à ce carreau aussi rouge que le sang séché qui avait coulé de mon nez, j'étais hagard et complètement perdu. J'ai d'abord cru à un rêve. Un cauchemar peut-être, qu'importe. J'étais là, allongé et inerte. Et je ne comprenais pas. J'avais peur. Peur de ne pas avoir réussi à te parler une fois de plus. J'ai voulu me relever, mais les murs s'éloignaient chaque fois que je voulais m'appuyer contre eux. Mon c½ur tapait toujours aussi fort. Je crois qu'il voulait sortir. Expier son manque de toi en dehors de ma poitrine. J'ai mis du temps à me rendre compte que cette nuit là, j'avais fait une overdose. Cette nuit là, j'ai pris 3 grammes d'amour dans le sang, et mon c½ur ne s'en est jamais remis.
Quitte à t'aimer.

# Posté le dimanche 27 juillet 2008 09:34

Modifié le dimanche 26 octobre 2008 20:59

Les rivières s'écoulent en toi.

Les rivières s'écoulent en toi.
Il pleut. J'entends ces voix lancinantes au loin. Pourquoi toujours ces questions ? Pourquoi le bonheur et le malheur. Pourquoi le sourire et l'amertume. Pourquoi l'amour. Pourquoi tous ces pourquoi ? Pourquoi passe-t-on notre vie à se questionner à propos de tout ça. Pourquoi ne prenons nous pas plutôt le temps de vivre. Le temps d'aimer et de sourire, sans se soucier du reste et en effaçant le malheur. Saccageant toute signification à ce mot. Pourquoi ces façades et cette hypocrisie ambiante. Pourquoi.
Je ne suis pas celui que vous croyez. Je ne suis pas, tout court. Comme je l'écrivais naïvement il y a longtemps, je suis une boite de rêves. Une boite à rêves. L'espoir c'est de penser qu'un jour peut-être, ils n'en seront plus. J'avais peur de me perdre au détour des chemins. Mais même les méandres les plus torturés ne pourrait me faire lâcher prise. Je ne peux perdre le fil conducteur. Si je devais considérer un autre pourquoi, ce serait surement le pourquoi de cette partie de cache cache vouée à l'échec. Pourquoi refuser la réalité et vouloir aller contre le sens de la vie. Essayer d'arrêter de parler d'amour ? Non, impossible. Je vis d'amour. Je ne suis qu'un naïf, qui aime. Aime à la folie, sans retour parfois, qu'importe. Ce que je cache au plus profond de mon être, c'est l'amour. Cette magie, je ne peux m'en passer, m'empêcher de la voir et de la vivre. Je veux parler de toi, et personne ne peut m'en empêcher. Moi-même je n'y arrive plus. Car les rivières s'écoulent en toi.
Je le disais déjà, et le répète, je suis incapable d'écrire autre chose que l'amour ou le rêve. De vivre autre chose que l'amour ou le rêve. Tout ça c'est toi. Chaque mot de ta bouche est un enfer pour moi. Une caresse charnelle indomptable. Mais alors, pourquoi écrire l'amour, et surtout, l'échec de l'amour. Est-ce cela, la fuite des pulsations de mon c½ur ? Est-ce cette idée d'accepter que l'amour comme je l'ai vu et vécu n'a plus sa place près d'ici. Ou est-ce une façon d'imprégner un peu d'espoir et de beauté dans mes yeux, et dans les tiens. J'ai laissé certaines parties de mon âme en toi. J'ai aimé sans conditions, comme toujours. Je n'ai pas eu peur, comme toujours. Et comme dans ces jeunes années, j'ai souris en pensant que tout serait doux et facile. Et j'ai osé me poignarder le c½ur pour ton regard. M'ouvrir en grand la poitrine, pour que tu puisses voir à l'intérieur, toute la beauté que tu y as scellé à jamais. C'était tout le contraire d'un suicide. Je ne l'ai jamais regretté. Aucun regrets, tu le sais. Je n'ai jamais rien aimé de plus qu'exposer la beauté que tu as placé en moi. La beauté à l'état pur. Sans apparences, sans miroir et sans aucune façade ou buisson où se cacher. La tienne.
Pourquoi les gens pensent-ils que le rêve n'est que l'illusion, que l'imagination de ce que l'on n'aura jamais ? Le rêve ce n'est pas ça. Le rêve c'est notre seule chance. Il y a quelques temps, j'ai pensé tout haut. J'ai pensé tout haut que la vie n'était pas une dictée. On n'efface pas les erreurs pour réécrire par dessus. Non. On tire un trait soigneusement, et on va à la ligne, pour écrire de notre plus belle plume la suite de cette histoire sans fin. On réécrit tout de notre main et de notre c½ur. Avec nos rêves. Avec nos putains de rêves de jeunes enfants, de grands enfants, d'adultes. Pourquoi les gens ne croient-ils plus en la beauté des choses ? En quoi peut-on croire si ce n'est en la beauté, le rêve, la vie ? A ce moment, j'écrivais que je n'étais qu'un fragment d'âme partagé. Un bout d'âme collective qui ose simplement crier très fort ce que les gens occultent par peur. Je suis malheureusement empli d'espoir. De cet espoir grandissant et ineffable. Je n'aime plus l'espoir. Parce que c'est la source de toutes ces pensées que les gens ne considèrent que comme des illusions. Mais putain, je ne peux m'empêcher d'aimer. Je ne peux m'empêcher de rire comme un enfant et poser ce sourire hagard. Je ne peux m'empêcher de contempler la beauté de la vie, la beauté des femmes, la beauté du rêve. C'est cette petite chose vagabonde qui brille dans le flou des jours difficiles qui souvent me guide.
Je divague, je le sais très bien. Pérégrinations intempestives et inutiles, mais c'est ainsi. J'ai signé le contrat pour cette prolongation à la vie. Je n'ai pas regardé les petits caractères en bas. Rien à foutre. J'ai signé, ici aussi, de ma plus belle plume. Et de mon plus beau sourire, je t'ai tendu cette feuille, en espérant que toi aussi, tu y apposes ton âme mon amour.

# Posté le jeudi 03 juillet 2008 09:36

Modifié le jeudi 03 juillet 2008 16:27