Le regard plongé dans la glace, les yeux sombres et les cernes jaillissantes, tu ne supportes plus la pâleur de ce visage. Tu regardes ces lames de rasoirs posées là, innocemment, sur ce petit rebord de marbre blanc. Et secrètement, tout bas, tu te dis que demain, tu mettras fin à tes jours. Tu vois déjà la scène. Le sang se déversera et se répandra sur ce lavabo blanc, ce carrelage blanc, cette peau trop blanche. Tes yeux profonds retrouveront l'espace d'un instant leur couleur océan d'antan, un sourire parcourra ton visage, puis tout deviendra incohérent. Ton corps tombera lentement, simplement à cause de cette stupide loi de pesanteur, sinon tu sais pertinemment qu'il se serait envolé. Ton visage fin heurtera avec violence le carrelage, mais quelle importance, tu auras déjà perdu connaissance. Oui, tu imagines parfaitement ce qu'il adviendra de ton âme. Et là, tu penses simplement que cette musique qui berce tes oreilles te fera tenir jusqu'à demain soir, le temps de retourner là où tout a commencé.
Effectivement, le lendemain tu te lèveras, t'habilleras de cette fine robe blanche qui laisse paraitre tes fines épaules et accentue un peu plus cet air de fantôme que tu veux te donner. Quelques heures plus tard tu seras de passage sur ce campus où tu penses avoir perdu quelques années de ta vie. Mais ce que tu ne sais pas, c'est que c'est sur ce campus que tu me verras. C'est sur ce campus que tu reverras le garçon au regard aussi profond que la faille habitant ton c½ur. Le garçon qui t'intriguait chaque fois que tu le voyais devant cet immense portail bleu où tu usais tes jeunes années. Ce même garçon qui chaque fois te faisait monter le rouge aux joues avec ce sourire étrange, venu d'ailleurs. Cet inconnu, dont tu ne savais rien, qui chaque fois illuminait tes yeux et leur redonnait l'éclat qu'ils n'auraient jamais dû perdre. Dans ton costume fantôme, tu pensais sûrement qu'il ne te reconnaitrait pas, mais bien au contraire, la blancheur immaculée de ta robe et de ta peau ne faisait que ressortir un peu plus la douce rougeur qui s'emparait de tes joues. Je contemplais ta silhouette fine et élancée, m'attardant sur tes frêles épaules, ta chevelure les dévalant en cascade, ta poitrine je l'avoue, et surtout ton visage. Je sentais bien que les éclats de joie n'y était maintenant que trop rares, mais je ne pouvais m'empêcher de te trouver somptueuse. Tu n'étais pas dans la norme. Tu avais raison d'une quelconque classification. Aux yeux de tous, tu voulais passer inaperçue. Avec succès, c'est vrai. Mais à mes yeux, après tout ce temps, tu étais toujours l'océan, la fossette égarée, le regard émeraude et la passion. Et une fois de plus, je t'ai souris.
Quand j'ai appelé doucement ton prénom, tu as frémis. Ce prénom que tu haïssais tant sonnait comme une caresse au mouvement de mes lèvres. Pour la première fois depuis des mois, tu as souris. Et ce sourire était pour moi. Alors je l'ai attrapé au vol, avec la ferme intention de ne jamais le lâcher. De fil en aiguille, j'ai réussi à te convaincre de m'accompagner au bureau des appariteurs, en souvenir de ces regards innocents échangés par le passé. Ce n'était certes pas très romantique, mais tu m'avais toujours déstabilisé, et je ne savais que faire pour te garder un peu plus près de moi. Ensuite ? Et bien ensuite, j'ai finalement osé, après plusieurs années, te demander de m'accompagner s'asseoir autour de cette petite table ensoleillée. Tu as accepté sans rechigner, et à la chaleur des rayons de soleil s'épanouissant sur ton visage, j'ai vu que tu aimais reprendre le goût des choses simples, et surtout les partager. Nous avons parlé, longuement. Les ombres s'étalaient déjà quand tu m'as annoncé que tu devais partir, et comme je n'en avais absolument pas envie, je t'ai demandé ce que tu avais prévu pour le lendemain. Tu m'as regardé, et, constatant que chaque seconde mon regard gagnait un peu plus sur toi, tu as voulu me repousser, pensant me rendre service. Le bien-être, cette sensation tellement étrange, perdue depuis longtemps, ne devait pas se répandre en toi. Tu ne pouvais céder, pas aujourd'hui. Alors tu m'as répondu que demain, tu avais prévu de mourir. Je t'ai regardé les yeux brillants emplis d'un mélange de peur et d'espoir, et de ce sourire si particulier t'ai simplement répondu que cela me laissait donc 24 heures pour te redonner vie.
En 24 heures j'ai eu le temps de t'emmener loin de tous ces souvenirs malsains, de toutes ces pensées qui, à chaque instant, te détachaient un peu plus de la vie. J'ai vu dans ton regard sans fin que tu étais heureuse de retrouver les senteurs du monde environnant, le parfum des fleurs et la chaleur du soleil sur ta peau. Je me souviens que nous avions "emprunté" cette antiquité qui servait de moto au cours de je ne sais quel siècle. Au début, tu te tenais à moi avec retenue. Je sentais presque un peu de peur. Puis quand nous traversions les champs les cheveux au vent, emplissant l'air de rires, je sentais tes bras se resserrer un peu plus autour de ma taille. Les fleurs me caressait les jambes, et mon c½ur martelait ma poitrine quand je sentais le parfum de ta peau se mélanger au mien lorsque tu posais ton menton au creux de mon épaule. Je sentais que le mince fil de la vie s'épaississait et tes cris enjoués me donnaient un sourire qui partait d'une oreille pour aller à l'autre. Les mèches de cheveux couleur soleil virevoltaient en tout sens, et toi, tu vivais enfin. Je sentais les chatouilles de bonheur à l'intérieur de mon estomac, signe que j'étais heureux de te revoir, belle et vivante, comme les années où, secrètement, je rêvais de toi chaque nuit. La scène était pittoresque. Une vieille moto abandonnée dans un coin, et un peu plus loin, étendus dans l'herbe verte, nos deux corps étendus l'un contre l'autre. Nos mains se rapprochèrent d'elles mêmes l'une vers l'autre, et inconsciemment, mes doigts s'égaraient et traçaient d'imperceptibles lignes de l'intérieur de ton poignet au dos de ta main gauche. Je m'amusais de tes lèvres, leur chaleur contrastant avec la fraicheur de ta peau. Nous étions intemporels, et alors, tu m'as regardé, et m'a simplement avoué l'inespéré : "tu m'as redonné la vie".
Malheureusement, tes rires et les mèches de cheveux blonds déchainés eurent raison de ma lucidité sur le retour, et je ne vis pas les incertitudes du chemin sur lequel nous jouions de nos vies innocentes. Le choc me fit lâcher le guidon, la moto changeant brusquement de direction, le pneu éclaté. L'herbe et la mousse printanière te sauvèrent la vie. Mais ma tête ne put rien contre cette pierre. Le sang coulait à flot, mes yeux se révulsaient, et toi tu étais inconsciente. En te réveillant le lendemain, encore une fois dans cette blancheur immaculée, cette fois synonyme d'hôpital, tu ne pus que constater que ce monde n'était pas le tien. J'avais essayé de te redonner l'espoir et la vie. J'y avais laissé la mienne. Alors, te rappelant les quelques heures intemporelles et simplement heureuses passées à mes côtés, tu as décidé de me rejoindre et de joindre le rouge au blanc de cette chambre.
Effectivement, le lendemain tu te lèveras, t'habilleras de cette fine robe blanche qui laisse paraitre tes fines épaules et accentue un peu plus cet air de fantôme que tu veux te donner. Quelques heures plus tard tu seras de passage sur ce campus où tu penses avoir perdu quelques années de ta vie. Mais ce que tu ne sais pas, c'est que c'est sur ce campus que tu me verras. C'est sur ce campus que tu reverras le garçon au regard aussi profond que la faille habitant ton c½ur. Le garçon qui t'intriguait chaque fois que tu le voyais devant cet immense portail bleu où tu usais tes jeunes années. Ce même garçon qui chaque fois te faisait monter le rouge aux joues avec ce sourire étrange, venu d'ailleurs. Cet inconnu, dont tu ne savais rien, qui chaque fois illuminait tes yeux et leur redonnait l'éclat qu'ils n'auraient jamais dû perdre. Dans ton costume fantôme, tu pensais sûrement qu'il ne te reconnaitrait pas, mais bien au contraire, la blancheur immaculée de ta robe et de ta peau ne faisait que ressortir un peu plus la douce rougeur qui s'emparait de tes joues. Je contemplais ta silhouette fine et élancée, m'attardant sur tes frêles épaules, ta chevelure les dévalant en cascade, ta poitrine je l'avoue, et surtout ton visage. Je sentais bien que les éclats de joie n'y était maintenant que trop rares, mais je ne pouvais m'empêcher de te trouver somptueuse. Tu n'étais pas dans la norme. Tu avais raison d'une quelconque classification. Aux yeux de tous, tu voulais passer inaperçue. Avec succès, c'est vrai. Mais à mes yeux, après tout ce temps, tu étais toujours l'océan, la fossette égarée, le regard émeraude et la passion. Et une fois de plus, je t'ai souris.
Quand j'ai appelé doucement ton prénom, tu as frémis. Ce prénom que tu haïssais tant sonnait comme une caresse au mouvement de mes lèvres. Pour la première fois depuis des mois, tu as souris. Et ce sourire était pour moi. Alors je l'ai attrapé au vol, avec la ferme intention de ne jamais le lâcher. De fil en aiguille, j'ai réussi à te convaincre de m'accompagner au bureau des appariteurs, en souvenir de ces regards innocents échangés par le passé. Ce n'était certes pas très romantique, mais tu m'avais toujours déstabilisé, et je ne savais que faire pour te garder un peu plus près de moi. Ensuite ? Et bien ensuite, j'ai finalement osé, après plusieurs années, te demander de m'accompagner s'asseoir autour de cette petite table ensoleillée. Tu as accepté sans rechigner, et à la chaleur des rayons de soleil s'épanouissant sur ton visage, j'ai vu que tu aimais reprendre le goût des choses simples, et surtout les partager. Nous avons parlé, longuement. Les ombres s'étalaient déjà quand tu m'as annoncé que tu devais partir, et comme je n'en avais absolument pas envie, je t'ai demandé ce que tu avais prévu pour le lendemain. Tu m'as regardé, et, constatant que chaque seconde mon regard gagnait un peu plus sur toi, tu as voulu me repousser, pensant me rendre service. Le bien-être, cette sensation tellement étrange, perdue depuis longtemps, ne devait pas se répandre en toi. Tu ne pouvais céder, pas aujourd'hui. Alors tu m'as répondu que demain, tu avais prévu de mourir. Je t'ai regardé les yeux brillants emplis d'un mélange de peur et d'espoir, et de ce sourire si particulier t'ai simplement répondu que cela me laissait donc 24 heures pour te redonner vie.
En 24 heures j'ai eu le temps de t'emmener loin de tous ces souvenirs malsains, de toutes ces pensées qui, à chaque instant, te détachaient un peu plus de la vie. J'ai vu dans ton regard sans fin que tu étais heureuse de retrouver les senteurs du monde environnant, le parfum des fleurs et la chaleur du soleil sur ta peau. Je me souviens que nous avions "emprunté" cette antiquité qui servait de moto au cours de je ne sais quel siècle. Au début, tu te tenais à moi avec retenue. Je sentais presque un peu de peur. Puis quand nous traversions les champs les cheveux au vent, emplissant l'air de rires, je sentais tes bras se resserrer un peu plus autour de ma taille. Les fleurs me caressait les jambes, et mon c½ur martelait ma poitrine quand je sentais le parfum de ta peau se mélanger au mien lorsque tu posais ton menton au creux de mon épaule. Je sentais que le mince fil de la vie s'épaississait et tes cris enjoués me donnaient un sourire qui partait d'une oreille pour aller à l'autre. Les mèches de cheveux couleur soleil virevoltaient en tout sens, et toi, tu vivais enfin. Je sentais les chatouilles de bonheur à l'intérieur de mon estomac, signe que j'étais heureux de te revoir, belle et vivante, comme les années où, secrètement, je rêvais de toi chaque nuit. La scène était pittoresque. Une vieille moto abandonnée dans un coin, et un peu plus loin, étendus dans l'herbe verte, nos deux corps étendus l'un contre l'autre. Nos mains se rapprochèrent d'elles mêmes l'une vers l'autre, et inconsciemment, mes doigts s'égaraient et traçaient d'imperceptibles lignes de l'intérieur de ton poignet au dos de ta main gauche. Je m'amusais de tes lèvres, leur chaleur contrastant avec la fraicheur de ta peau. Nous étions intemporels, et alors, tu m'as regardé, et m'a simplement avoué l'inespéré : "tu m'as redonné la vie".
Malheureusement, tes rires et les mèches de cheveux blonds déchainés eurent raison de ma lucidité sur le retour, et je ne vis pas les incertitudes du chemin sur lequel nous jouions de nos vies innocentes. Le choc me fit lâcher le guidon, la moto changeant brusquement de direction, le pneu éclaté. L'herbe et la mousse printanière te sauvèrent la vie. Mais ma tête ne put rien contre cette pierre. Le sang coulait à flot, mes yeux se révulsaient, et toi tu étais inconsciente. En te réveillant le lendemain, encore une fois dans cette blancheur immaculée, cette fois synonyme d'hôpital, tu ne pus que constater que ce monde n'était pas le tien. J'avais essayé de te redonner l'espoir et la vie. J'y avais laissé la mienne. Alors, te rappelant les quelques heures intemporelles et simplement heureuses passées à mes côtés, tu as décidé de me rejoindre et de joindre le rouge au blanc de cette chambre.
