« Retour au blog de folle-utopie

Peace, love, and understanding (but more likely the lack thereof of those things) ?

Peace, love, and understanding (but more likely the lack thereof of those things) ?
« Ça me manque. Oui c'est vrai, tout ça me manque. Souvent, je me dis que oui, je devrais le faire. Je devrais me lancer et écrire quelque chose de vraiment très personnel. C'est vrai, quand mes yeux se perdent entre les lignes et s'assimilent au vécu d'une autre personne, je me dis pourquoi pas. Mais non, tout sonne creux. Parfois, je crois que je sonne creux. C'est une chose de s'amuser des mots, c'en est une autre que de faire transparaitre l'émotion à travers ces derniers. Je ne sais pas, j'avais envie de commencer par le début, logiquement, mais c'est ennuyeux, vraiment. J'avais envie de raconter les sourires et le soleil, mais je n'y arrive pas en ce moment. C'est drôle cette propension à voir la beauté. Dans des mots. Dans des photos, des pellicules, des films. Dans des rêves, des sourires et des rires. Dans des soupirs, dans le soleil et dans le sable qui s'étend à perte de vue. J'avais peut-être tout faux.

Tu me manques. Oui, c'est vrai, tu me manques. Quatre mois pour arriver à transposer ma pensée sur un bout de papier, alors pourrais-je un jour peut-être te le dire en balbutiant devant tes yeux ?
Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Je ne sais même pas si tu as envie de lire des mots qui doivent à tes yeux avoir la senteur du passé. En fait si, je sais pourquoi. Je pense que je fais cela, car pour moi ces mots respirent le présent. Le problème étant que jamais je ne t'enverrais cette lettre car je n'ai plus confiance en toi. Oh oui, je vais calligraphier avec soin ton nom qui me fait soupirer chaque fois que je l'écris ou le vois écrit quelque part. Je vais aller acheter des timbres au bureau de tabac du coin, puis les coller sur cette enveloppe que j'ai choisi spécialement pour toi. Et cette enveloppe finira au fond de mon tiroir à secret, dans la noirceur de l'oubli. Si je ne peux me résoudre à te l'envoyer, au moins je l'écris tu vois.
Je ne sais pas ce qui a changé. Étrangement, c'est lorsqu'on se pose ce genre de question qu'une réponse inattendue fait surface. La nuit dernière, quelqu'un m'a dit qu'une partie de moi-même s'était envolée avec toi. C'est peut-être ça, tout simplement. J'ai nié en bloc bien entendu, mais je crois être partagé entre deux sentiments. Suis-je devenu réellement insensible à tout ça, ou bien n'est-ce tout simplement pas le refus d'avouer la vérité et d'assumer le temps qu'il me reste à parcourir. Oui, depuis quelques temps je parcours le temps, je ne le vis plus tellement. Oh, ne crois pas que cela n'a aucun avantage. C'est vrai, les sourires et le soleil se font plus rares. Mais j'ai désormais l'occasion d'appuyer sur pause. Je fais l'arrêt sur une image, et là, oui là, je peux m'imprégner de la beauté qui me fait défaut depuis que tu m'as abandonné.
Je ne sais trop quoi dire. J'ai décidé d'apprendre le piano. Pour toi quelque part, ça je dois bien l'avouer. Mais si je l'avoue, c'est uniquement parce que lorsque j'ai joué mon premier morceau, quelque chose d'étrange s'est passé. Au fur et à mesure que mes doigts parcouraient les touches, je me suis rendu compte que je m'égarais et que ce n'était plus tout à fait moi qui les contrôlaient. Lorsque j'en ai eu fini, des fines traînées salées sillonnaient mes joues. Mon professeur n'a rien dit. Mais en partant, il m'a regardé droit dans les yeux, et m'a avoué que lui aussi, à ses débuts, il jouait comme moi. Il m'a dit que son piano était l'exutoire de ses pensées, et que s'il jouait, ce n'était pas réellement pour lui. J'ai vu ses pupilles ciller quand il se forçait à contenir ses larmes, et quand il m'a serré la main pour partir, j'ai su que c'était pour toi que je faisais ça. Je n'en ressens aucune fierté tu sais. Peut-être même un peu d'amertume au fond. Mais c'est là que se trouve la vérité.
J'ai commencé la photographie aussi un petit peu. En fait il y a quelques temps je suis descendu à la cave. Lumière blafarde, bouteilles de vin mordorées, cartons empilés et poussiéreux au possible, cette fameuse cave qui t'effrayait. J'y ai trouvé des trésors. J'ai trouvé des appareils photo extraordinaires. Tu sais, ces espèces de petites boites qui s'ouvraient avec un clapet. Il fallait ensuite faire tourner la mollette pour déplier l'objectif, qui pointait le bout de son nez derrière cette sorte d'accordéon. J'en ai trouvé un autre où il fallait regarder perpendiculairement à l'objectif pour voir la photo que l'on voulait prendre. J'ai trouvé de vieilles diapos où figurent mes s½urs et moi même enfants. A la plage, au ski. En voyage, toujours. J'aime vraiment beaucoup le sourire qui m'habitait à cette époque. Finalement, après avoir trouvé l'appareil pour visionner toutes ces diapos, j'ai déballé le dernier carton qui m'était inconnu. Le plus poussiéreux d'entre tous. J'y ai trouvé des photos encore. Des photos jaunies par le temps, dont les couleurs s'étaient savamment perdues au cours des années. Mon père à 5 ans. Mon père à 12 ans. Mon père à 20 ans. C'était mon sosie. Vraiment. Ou plutôt l'inverse c'est vrai. J'ai eu cette sensation étrange. Cette sensation de refuser cela. De ne pas vouloir être lui, et en même temps de me sentir en lui, notamment de part le fil de sa vie que je venais de retracer au fond de cette cave. J'ai passé toute la nuit dans cette cave, me laissant bercer par un vieux 45 tours d'un pianiste d'un autre monde, trouvé la aussi au hasard de mes égarements, en m'émerveillant de mes trouvailles.
Je vais avoir une petite s½ur tu sais. Encore une s½ur, oui. Sauf que celle-ci sera une miniature. J'ai peur du rôle qu'elle me donnera. Je dois l'avouer, j'ai très mal accepté la nouvelle au début. Peut-être n'était-elle pas très bien amenée. Avec du recul, je n'arrive toujours pas à savoir si je dois me réjouir ou non. Tout ce que je sais, c'est que l'amertume m'habitera une fois de plus quand je devrais partir.
Oui, je vais partir. Je ne sais pas encore trop où. Barcelone, peut-être. Tu sais comme j'ai l'Espagne ancrée dans le c½ur. J'ai trouvé une école qui t'aurait plu là-bas. Je sais, on s'en fout, l'important c'est qu'elle me corresponde et m'apporte ce dont j'ai besoin, mais bon. Si seulement tu ne m'avais pas abandonné, nous aurions peut-être pu y aller ensemble. Au moins visiter. Voyager. Oui, le voyage, toujours, je ne changerai pas. Je t'en veux tu sais. Je trouve toujours aussi stupide ton idée d'être partie. De ne pas avoir essayé de m'en parler avant. Enfin, il est trop tard maintenant.
Finalement, même si je sais pertinemment que tu ne liras jamais cette lettre quand bien même je trouverai la force de te l'envoyer, peut-être aurais-je le courage de glisser cette enveloppe qui t'est destinée dans un bouquet de fleur et de le déposer sur ta tombe dans un dernier sourire...

Voilà. Je m'y suis essayé au moins. Sincèrement, je ne sais vraiment pas ce que vaut le résultat. Ça n'a d'ailleurs pas grande importance à mes yeux. J'espère simplement que le mélange des mots et de cet air de piano dont je n'arrive plus à me défaire permettront un voyage de plus, inoubliable celui-la. C'est une des très rares fois ou je crois qu'il y a une part explicite de moi dans les mots qui noircissent mes pages.
En écrivant au plus profond de ma mémoire, je me suis dit, Eloi, cours, franchement. Tends la main, laisse pas le train t'oublier. T'as pas beaucoup de voies étalées à tes pieds, ou alors ça dure pas. Des fois les étoiles semblent tomber sur le sol, la pluie inonde les c½urs et les hommes se sentent seuls. Cours, franchement. Oublie le froid, regarde les nuages, et apprécie. Ma vie, mes rêves, ma vision de l'amour et de la vie, ainsi qu'un plaidoyer universel en faveur de l'amour brut. Tout ça, je l'ai pris, puis je l'ai offert. Si bien que finalement, assis dans mon siège alors que le générique défilait toujours plus vite, les larmes se sont mêlées à l'immense sourire qui me parcourait. Il y a trop de choses à dire et raconter. Tout s'entasse au fond de ma mémoire. Je n'oublie jamais rien. Mais les choses s'emmêlent désormais. Pourtant au début tout était clair. Mais je ne prends jamais le temps d'ordonner les choses, et finalement, les méandres sont indéchiffrables. Oui, c'est vrai, dans le fond je ne suis pas heureux. Je ne suis pas névrosé, dépressif ou quoi que ce soit, loin de là. Je souris beaucoup, parle beaucoup, ris beaucoup, dis beaucoup de conneries, je vois la beauté partout, parfois à mes dépens, j'aime la vie et toutes les choses simples qui l'englobe. Seulement voilà, au fond, derrière tout cela, il y a ce vide. Et vous qui vous demandez innocemment, le soir en rentrant dans le froid de l'hiver ou au petit matin avant de remettre le museau dehors, toujours un peu dubitatifs, comment on va bien pouvoir faire pour avancer encore un peu et avec qui on partagera la route. Comment pouvez-vous faire ? Moi, cette question me hante.

Quel dommage qu'il faille se rendre compte qu'il ne nous reste que peu de temps à vivre pour prendre conscience de la beauté de la vie ».

# Posté le lundi 15 décembre 2008 19:44

Modifié le vendredi 23 janvier 2009 20:21

« Article précédent : Needle in the hay.

Article suivant : Hope & Sorrow. »