GHOSTWRITER.

GHOSTWRITER.
Il pleut à torrents. Il n'y voit plus à 2 mètres devant lui. Il est trempé jusqu'aux os, et pourtant, il a chaud. Incroyablement chaud. La chaleur qui envahit son corps contraste avec cet immense ciel d'un gris sombre. Ca le fait sourire. Il croise un groupe de jeunes filles, courant pour se faire mouiller le moins possible. L'une d'entre elles glisse, il la rattrape in extremis. Elle l'insulte. Il lui a fait mal au bras. Idiote. Il reprend sa marche, ses cheveux lui tombent sur le visage avec cette pluie. De fines gouttes glissent le long de son nez. Il prend la petite rue à droite. Il croit apercevoir sous la pluie une personne s'éloignant de lui à grands pas. Et se cachant tant bien que mal sous un porche. Peut-être est-ce son long manteau noir et sa barbe de trois jours qui effraient. Il s'en fou complètement. Il marche encore quelques minutes sous ce déluge. Sonne au n°2. Cette porte délabrée lui plait particulièrement. Ces volets à la peinture écaillée. Il aime cet endroit. Bruit de serrure. La porte s'ouvre. Il s'engouffre. Sent une main empoigner la sienne. Elle l'entraine à l'intérieur. Il y a une douce odeur de vieux bois dans cette pièce. Il s'y sent bien. Elle se retourne. Le regarde de ses profonds yeux bleus. Et dépose un tendre baiser sur sa joue droite. Elle s'éloigne. Arrête ce vieux vinyles d'Elvis. Il s'assied devant son piano. Et commence quelques accords. Puis il entame cette Nocturne de Chopin. Ce morceau qu'elle aime tant. Ses doigts glissent le long des touches. En accord parfait. Elle s'approche. Passe sa main dans ses cheveux encore mouillés. Lui caresse les bras de son autre main. Et embrasse son cou. Son parfum ennivre tous ses sens. Il arrête de jouer. Se lève. La regarde fixement. Prend ses mains dans les siennes. Il remarque une légère teinte jaune aux bords de ses pupilles. Il est comme ensorcelé par ses yeux magnifiques. Etourdi. Ses paupières tressaillent. Et lorsqu'il les ouvre de nouveau. Ses lèvres ne sont plus qu'à quelques centimètres des siennes. Il sent son souffle chaud le parcourir. Il parcourt ces quelques centimètres. Et l'embrasse. Ses lèvres sont douces. Un léger parfum de fraise s'est incrusté en lui après ce tendre baiser. Elle l'entraine à l'extérieur. Il pleut moins désormais. Les nuages sont moins gris. Certaines personnes commencent à sortir de leurs maisons. De leurs abris. Les sourires renaissent au milieu des visages. Elle le tire jusqu'au tram. Ils s'assoient. Il la contemple encore et toujours. Il ne s'en lasse pas. Pendant le trajet, il se remet à pleuvoir. Avec violence. Ils sortent en courant. Elle l'emmène sur cette colline. Ils montent en essayant de ne pas glisser sur cette terre devenue boue à cause de la pluie. Arrivés en haut. Il s'arrête encore une fois de pleuvoir. Il aperçoit un banc. Elle s'y assied. Il la rejoint. Vue imprenable sur Bordeaux. Et sur l'énorme nuage gris qui surplombe la ville. Ce nuage qui pleure des litres de larmes à quelques centaines de mètres d'eux. Puis vient l'arc en ciel.

# Online seit Samstag, 26. Mai, 2007 um 06:34

Geändert am Sonntag, 15. Juni, 2008 um 11:39

Ressentir de nouvelles émotions. Que l'on ne soupçonnait même pas. L'évasion, en somme.

Ressentir de nouvelles émotions. Que l'on ne soupçonnait même pas. L'évasion, en somme.
Assise sur les marches de cet escalier, Zoé pense. C'est une belle fin de journée. Le soleil se couche. Et le vent fait chanter les feuilles. Elle le regarde. Il se trouve en plein milieu du jardin. A côté du grand rosier. Il est étendu là. Dans l'herbe. Le regard tourné vers le ciel. Vers cet immense ciel bleu et sans nuages. Vers l'avenir. Il est jeune. 18 ans tout au plus. Pourtant Zoé sait qu'il connaît parfaitement la vie. Elle sait qu'il est différent de tous les autres hommes. Elle sait qu'il a dû surmonter nombre de choses dans sa courte vie. Cela se voit. Se Sent. Elle le contemple. Sous son tee-shirt, elle devine des formes épurées. Somptueuses. Il est grand et vigoureux. Elle le sent. Elle continue et remonte au niveau de son visage. Ce cou si solide et fragile à la fois. Cette tête d'ange. Paumettes saillantes. Grands yeux d'un noir de jais. Son nez fin. Zoé pourrait s'extasier des heures sur cet homme. Mais elle sait que c'est la dernière fois qu'elle pourra profiter de sa venue. Son maquillage coule. De longues traînées noires parcourent ses joues. Elle ne sait si ses larmes sont de la joie ou de la tristesse. Cela lui importe peu. Elle se lève et va le rejoindre. Elle s'étend près de lui et pose sa tête sur son torse. Elle sent son c½ur battre. Sa tête se soulève à chaque inspiration. Il lui caresse le visage et passe sa main dans ses cheveux. Délicatement. Essaie d'essuyer son maquillage. Sans succès. Zoé aimerait lui dire tout ce qu'elle a sur le c½ur. Lui dire à quel point elle l'aime. Lui dire qu'elle a pensé à lui jour et nuit depuis 4 mois. Que lorsqu'elle marchait elle imaginait sa main dans la sienne. Que son visage l'accompagnait partout. Mais aucun mot ne sortira. Finalement, c'est lui qui parlera. Mais Zoé n'écoute même pas. Elle profite juste de cette magnifique voix grave. Son corps vibre sous l'intonation si particulière de cette voix. Et quand elle daigne écouter ce qu'il lui dit. Elle n'entend que quelques mots. "Aimais. Longtemps. Voyage. Changé. Vivre. Jeune." Sans aucun mal elle comprend ce qu'il veut lui dire. Il parle au passé. Lui qui a toujours dit qu'il ne pensait qu'au présent et à l'avenir. Cela lui fait mal. Et son maquillage en coule de plus belle. Ils se lèvent. S'étreignent. Une dernière fois. Zoé voudrait qu'il l'embrasse. Pour ne jamais oublier la chaleur de ses lèvres. Mais il n'en fera rien. Il ramasse son sac. Lui sourit. Ce sourire. Elle en a un haut le c½ur. Puis il se retourne et claque la porte. Avec la douceur qui l'a toujours caractérisé. Elle se précipite à la fenêtre pour le voir une dernière fois. Mais il n'est déjà plus là. Zoé sait qu'il a voulu rester digne. Elle sait qu'il a voulu lui faire croire qu'il ne serait pas chamboulé. Mais elle le connaît trop bien. Elle sait que secrètement il a pleuré en partant. Elle sait qu'il regrette. Elle sait qu'il l'aime encore. Elle ne comprend plus. Elle prend ses clés et se précipite à sa poursuite. Elle est pieds nus et le goudron lui brûle la peau. Les gens la dévisagent. Il est rare de voir une si belle femme sortir à moitié habillée, les joues recouvertes de maquillage. Elle n'y fait pas attention. Et se précipite à l'arrêt de bus. Leur arrêt de bus. Elle sait pertinemment qu'il y sera. En souvenir. De tout ça. Quand elle y arrive, elle le voit monter. Elle crie. Mais il n'entend rien. Ses sanglots étouffent sa voix. Il est déjà trop loin. Elle court pour rattraper le bus. Et elle le voit jeter quelque chose. Elle ramasse ce qu'elle pense être un vulgaire bout de papier. Et tombe sur une photo. Une photo d'eux. Cette photo qu'ils avaient pris dans un photomaton après avoir passé une journée idillyque. Ensembles. Cette photo où Zoé est sur ses genoux. Où ils sourient. Tous les deux. Cette photo respire l'amour et le bien être. Mais cette photo, il l'a jeté. Et Zoé comprend. Tout est fini. Et elle rentre chez elle. Dormir pour oublier. Pour ne jamais plus se réveiller.

# Online seit Sonntag, 13. Mai, 2007 um 10:42

Geändert am Donnerstag, 08. November, 2007 um 17:25

Allez, rêvons, rien qu'une fois ou deux. Ou trois ?

Allez, rêvons, rien qu'une fois ou deux. Ou trois ?
"On va partir demain, finalement, je crois que je préfère. Avant d'aller vers Paris, on suivra un peu la côte, vers le Nord. On verra l'usine de La Hague. On ira se baigner un peu. L'eau sera froide et on se sentira comme des glaçons. On se jettera dans les grandes vagues en poussant des hurlements et je finirai dans tes bras. Revenus sur la plage, tu me sécheras avec la grande serviette-éponge. Tu t'excuseras lorsque tu frôleras ma poitrine, mes fesses. On se poursuivra en courant. Comme par hasard on arrivera derrière les rochers, où personne ne nous voit et d'où l'on ne voit personne. On se tiendra face à face. Tu passeras un doigt sur mon visage, tu écarteras une mèche de cheveux avant de m'embrasser. Des doigts courront dans mon dos. Tu feras glisser une bretelle. Ta bouche sera très chaude sur mes seins, sur mon ventre, sur mon sexe, ou à l'intérieur, je ne saurai plus très bien. A un moment je pleurerai sans raison. Tu me demanderas pourquoi je pleure et je ne te répondrai pas. Quand on repartira, c'est toi qui conduiras et dans un long sanglot, un hoquet sans fin, je te dirai combien j'aime mon père, à quel point ce qu'il a fait pour moi est extraordinaire, à quel point il tient à moi, sans jamais rien dire, pour avoir pu faire cela. Je te dirai qu'en faisant cela mon père m'a sauvée, ou peut-être que non, parce que maintenant que je sais, maintenant que je l'imagine chaque semaine ou presque prenant la route pour une destination de hasard, choisissant un lieu qui lui convienne, achetant une carte postale, griffonnant ma soeur chérie je vais bien puis repartant, faisant semblant de ne pas voir, ne pas savoir que je recevais ces lettres et que je pensais en les lisant : mon frère va bien, mon frère va bien, il est vivant et il pense toujours à moi, maintenant que je sais le mensonge superbe de tout cela, eh bien je ne sais ce que je vais devenir. Tu me diras que peut-être je suis guérie de cela, l'absence de mon frère. Je te dirai non, je te dirai que survivre en recevant de ses nouvelles, en sachant qu'un jour prochain j'irai le rejoindre, que forcément nos routes se rejoindraient dans les jours, les heures à venir, était possible. Je te dirai qu'il y a un an j'étais prête à mourir rien qu'à penser que mon frère était parti, avait fui mon père, ma mère et moi aussi, puisqu'il ne me faisait aucun signe. Je te dirai que vivre avec son absence aussi complète, son silence, l'incertitude, le doute sur ce qu'il devient, sur le fait qu'il soit en vie, même, je te dirai que cela, je n'en suis peut-être pas capable. Tu t'arrêteras sur le bas côté pour prendre mon visage dans tes mains et m'embrasser sur le front."



Je vais bien, ne t'en fais pas.

# Online seit Freitag, 02. März, 2007 um 08:01

Geändert am Dienstag, 29. April, 2008 um 07:30

Il pleut. Il neige. Qu'importe.

Il pleut. Il neige. Qu'importe.
Ce soir, il a plu. Dans la noirceur de la nuit, tout le monde s'entassait aux portes des derniers trams pour rentrer et se sécher au plus vite. Pas moi. Je préfère rester en arrière. De toute façon, je n'aime pas être serré, et puis je me retrouve toujours à côté de quelqu'un de bizarre. Alors je marche. Doucement. Sûrement. Tranquillement, même. J'adore ça à vrai dire. Il fait nuit, la Place de la Bourse s'illumine de tout son long. Les amoureux passent en courant pour échapper au plus vite à la pluie. Les femmes portant les manteaux de leurs hommes, bien trop grands pour elles, ne laissant plus paraître qu'un nez rougi par le froid. Je l'aime bien cette pluie. Elle me permet de m'évader. Je souris aux personnes qui se renfrognent dans leurs manteaux pour essayer d'éviter toutes ces gouttes. Après tout, la chaleur d'un sourire peut bien effacer toute cette humidité. Les gens s'entassent dans les bars quelconques. Quelque chose de chaud, d'une boisson à un sourire partagé, chacun sa façon d'oublier le froid. Je marche toujours. Le sol mouillé me donne l'impression de glisser, que la pesanteur fait abstraction de ma personne. Un sourire me parcourt en passant devant "Le Bistrot d'Eloi". Et puis je m'arrête sur cette petite place. Je m'assied sur ce banc de pierres, j'ouvre mon manteau, et je lève la tête au ciel, comme pour écouter ce que celui-ci aurait à me dire.

Quel bavard ce ciel.
Tout comme cette étoile.

# Online seit Freitag, 23. Februar, 2007 um 14:23

Geändert am Sonntag, 26. Oktober, 2008 um 20:45